07/03/2006

A un humaniste...

 

J'ai dans mes connaissances, un ami fourvoyé qui vomis sur quelques personnes . C'est bien sûr son droit le plus strict . Ce qui me chagrine, ce sont les raisons pour lesquelles il les abomine . Alors voilà l'histoire (très résumée) de celui qui , d'après cet "humaniste", a eu le tort de ne pas vouloir se laisser tuer  .

 

Salman Rushdie : L'affaire

J'informe le fier peuple musulman du monde entier que l'auteur du livre Les Versets sataniques, qui est contraire à l'Islam, au Prophète et au Coran, ainsi que tout ceux impliqués dans sa publication et qui connaissaient son contenu sont condamnés à mort. (...) J'appelle tout musulman zélé à les exécuter rapidement, où qu'ils soient. (...) Tout qui serait tué dans cette voie sera considéré comme un martyr.

Par ces mots, l'Ayatollah Khomeini proclame le 14 février 1989, sur les ondes de Radio Téhéran, la fatwa qui met le feu aux poudres. «L'Affaire Rushdie» est lancée.

DECRET RELIGIEUX OU DECRET POLITIQUE ?

Bien que l'Ayatollah Khomeini n'ait pas précisé les motivations de sa sentence de mort, elles sont évidentes pour tout musulman. En effet, là où un occidental ne voit qu'une métaphore séculière basée sur le Coran et l'histoire de la naissance de l'Islam, un musulman voit un blasphème, une insulte au texte sacré, particulièrement quand Salman Rushdie suggère que le message divin dicté à Muhammad est vicié dans la mesure où Satan, se substituant à Dieu, aurait soufflé à l'oreille du Prophète quelques paroles démoniaques.

Mais au delà des motivations religieuses de la fatwa, la question se pose de savoir dans quelle mesure Salman Rushdie fut victime d'une instrumentalisation politique et pris dans la tempête d'une croisade contre l'Occident et ses valeurs jugées décadentes. La fatwa traduirait-elle surtout la puissante volonté des mollahs de s'emparer du leadership du monde musulman malgré le caractère très minoritaire de l'islam chiite iranien ?

Dès l'annonce du 14 février, la fondation iranienne politico-religieuse Khorad 15 offre une récompense d'un million de dollars à quiconque tuerait Rushdie. L'auteur des Versets sataniques entre alors, sous la protection des services secrets britanniques, dans une semi clandestinité qu'il ne quittera plus. Mais la fondation Khorad 15 n'est pas la seule à réagir. Les gouvernements musulmans de par le monde interdisent l'ouvrage. Des émeutes et des manifestations contre Rushdie ont lieu en Angleterre, au Pakistan et en Inde. Plusieurs personnes sont tuées et de nombreuses blessées. Les directions de Waldenbooks, B. Dalton et Barnes & Noble retirent le livre de leurs présentoirs, au nom de la sécurité de leurs employés. Viking/Penguin, l'éditeur des Versets sataniques, reçoit des menaces quotidiennes. Des librairies aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sont victimes d'attentats à la bombe.

Quelques jours après la fatwa, le «Comité International de Défense de Salman Rushdie» est lancé à Londres, présidé et coordonné par «Article 19», un groupe londonien de défense de la liberté d'expression. Ce Comité regroupe des écrivains, des éditeurs, des libraires, des journalistes, des syndicats et des groupes de défense des droits de l'Homme.

DIX LONGUES ANNEES...

Dix ans vont passer, rythmés par les coups que se portent les deux camps. La mort, en juin 1989, de l'Ayatollah Khomeini n'apporte aucun répit à Salman Rushdie : l'Ayatollah Khamenei, successeur de Khomeini, réitère le décret de mort. Les premières victimes de la fatwa ne se font pas attendre. Ettore Capriolo et le Professeur Hitoshi Igarashi, respec-tivement traducteurs italiens et japonais des Versets sataniques, sont brutalement attaqués en juillet 1989. Capriolo est sévèrement blessé, Igarashi est tué.

En novembre 1992, la fondation Khorad 15, qui a déjà porté la récompense à deux millions de dollars, offre une somme additionnelle pour «couvrir les dépenses liées à l'extermination de l'auteur maudit (Salman Rushdie)», encourageant ainsi l'utilisation de mercenaires.

Sous l'impulsion du Comité International de Défense de Salman Rushdie, le Premier Ministre britannique John Major reçoit à la Chambre des Communes, en mai 1993, Rushdie et Frances D'Souza, président du Comité. Il souligne le soutien plein et entier de son gouvernement aux droits de Rushdie en tant que citoyen britannique. En septembre 1993, est lancée l'antenne américaine du Comité de défense de Salman Rushdie, une coalition de groupes actifs dans les domaines de la défense des droits civils, des droits de l'Homme et de la littérature, qui appelle le Président Bill Clinton à rencontrer Rushdie. Ce sera chose faite en novembre, après que l'éditeur norvégien de Rushdie, William Nygaard, ait été grièvement blessé par balle en octobre 1993.

En juin 1995, l'espoir que l'affaire trouve un dénouement rapide s'éva-pore quand le vice-ministre des Affaires étrangères iranien Vaezi rencontre la Troïka de l'Union européenne mais refuse de prendre quelque engagement que ce soit concernant la suppression de la menace.

Au début de 1996, Le Dernier soupir du Maure, le premier roman de Rushdie destiné aux adultes depuis Les Versets sataniques, gagne le Whitbread Award britannique dans la catégorie «Fiction». Opérant un mouvement de retour vers la stylistique des Enfants de minuit, il est acclamé par les critiques des deux côtés de l'Atlantique. Rushdie fait quelques apparitions publiques à l'occasion de la publication du livre.

Le 12 février 1997, la fondation Khorad 15 augmente une fois de plus la récompense, la portant à 2,5 millions de dollars. Depuis 1997, la situation a changé en Iran. L'accession à la présidence de Muhammad Khatami, en août 1997, traduit le développement d'un courant modéré au sein de la République islamique.

En septembre 1998, une accalmie se fait jour dans un ciel resté jusque là très chargé. En effet, le ministre iranien des Affaires étrangères déclare aux Nations Unies que son gouvernement n'a pas l'intention de prendre et ne prendra aucune action menaçant la vie de l'auteur des Versets sataniques. Le gouvernement n'encouragera personne à le faire et se dissocie de toute prime offerte à cette fin et ne la soutient plus.

Mais les conservateurs iraniens restent très puissants, contrôlant entre autres le Parlement et le système judiciaire. Et les espoirs de l'automne 1998 sont étouffés dans l'oeuf quand les conservateurs réaffirment l'irrévocabilité de la fatwa et son caractère divin, tout en augmentant une fois de plus la récompense offerte pour la tête de Rushdie.

L'Iran est en crise. Les dernières manifestations étudiantes et la terrible riposte des conservateurs ne sont que la partie émergée de l'iceberg des luttes de sérail qui déchirent le pays.

Salman Rushdie, devenu pour l'Occident le symbole de la liberté d'expression opprimée, reste un homme traqué. Malgré la très relative détente amorcée, Scotland Yard, qui assure désormais sa protection, n'a pas relâché les mesures de sécurité qui l'entourent. Et même si l'auteur considère disposer d'une plus grande marge de manoeuvre depuis les promesses de M. Khatami, il reste conscient que la menace pèse toujours sur sa tête.




FATWA
Réponse juridique d'un Mufti (dignitaire religieux ) à une consultation. Lorsque les textes musulmans restent muets sur tel ou tel problème, le Mufti peut rendre une décision juridique basée sur une interprétation personnelle des écrits religieux.

LES VERSETS SATANIQUES : AUX SOURCES DU CONFLIT
«(...) Les attaques de Satan contre le Prophète visent (...) les versets 18, 19 et 20 de la sourate 53 (du Coran) :

18. Ainsi a-t-il contemplé le plus grand des Signes de son Maître
19. Avez-vous vu al-Lât et al-'Uzza
20. et Manât, la troisième, l'autre ?

Cette contemplation, cette vision ne sont pas innocentes puisque Al-Lât, Al-Uzza et Manât sont " les filles d'Allah ", les principales déesses de l'Arabie anté-islamique; elles avaient leurs statues dans la Ka'bat et dans d'autres sanctuaires. De plus, ce passage du Coran aurait été expurgé de deux versets d'obédience polythéiste :

Elles sont des déesses sublimes
dont l'intercession est à implorer

Au moment où Muhammad les aurait prononcés, tous ses auditeurs, y compris les musulmans, se seraient prosternés. Mais l'Ange Gabriel aurait révélé que les versets incriminés venaient non d'Allah, mais de Satan. L'Islam orthodoxe ne nie aucune véracité à cette affaire, inspirée, à ses yeux, par Satan. Les adversaires de l'Islam la gonflent démesurément, tandis que les orientalistes sont partagés sur son authenticité. Certains d'entre eux, Burton par exemple, soutiennent qu'elle aurait été inventée par des juristes qui s'appuyaient sur la 22e sourate, verset 52 (Mais Allah annule ce qu'attaque Satan, Allah confirme alors ses Signes) pour preuve de leur théorie de l'abrogation possible de textes antérieurement révélés. Voilà en quoi se résume l'affaire des «versets sataniques» qui a fait couler vainement tant d'encre, jusque de nos jours. (...)»

 

Mon ami si fier d'être lui-même a bien sûr d'autres cibles, d'autres ennemis qui ont ou ont eu le tort de se trouver sur la route de ses opinions "démocratiques", telle Ayaan Hirsi Ali (qui il est vrai n'a pas dit que des choses intelligentes) qu'il déteste car elle n'a pas la dignité de se laisser exciser en paix (excision comparée par notre grand humaniste à la circoncision), ou sa grande bête noire Soljenitsyne coupable et condamnable à ses yeux d'avoir osé exposer le système concentrationnaire soviétique du Goulag, qu'il (Soljenitsyne) a vécu de l'intérieur, et la nature totalitaire du régime communiste .

 

(Pas) à plus, c'est celà oui ?

 

 

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Commentaires

jean un SOMMET...je n'en attendais pas moins de toi...j'adore le passage sur Soljenitsyne, pur moment de délire paranoïaque où se mélange l'invention pure et l'inculture crasse...un délice...

Écrit par : quaeps | 07/03/2006

quaeps relis tous les moments où tu as cité son nom, il ne manque que l'écume...

Écrit par : jean | 07/03/2006

so long.... L’attentat du 4 septembre, rue Ben-Yéhouda, à Jérusalem, a fait huit victimes. Parmi celles-ci, Smadar Elhanan, une adolescente de quatorze ans. Cruel paradoxe : son grand-père, le général Mattityahou Peled, un des artisans de la victoire-éclair d’Israël en 1967, devenu pacifiste, comptait parmi les pionniers du dialogue israélo-palestinien. Plongée dans le deuil de sa fille, Mme Nourit Peled-Elhanan, fidèle à l’engagement de son père, accuse : non les Palestiniens, mais la politique du gouvernement de M. Benyamin Nétanyahou.






MA fille, Smadar, quatorze ans, a été tuée, à la fleur de l’âge, dans l’attentat de la rue piétonne Ben-Yéhouda à Jérusalem, le 4 septembre, à 15 heures. Elle était sortie, avec son amie Sivane, pour acheter un livre. Je lui avais suggéré d’éviter le centre-ville, pour ne pas risquer un attentat. Elle m’a répondu - et ce furent les derniers mots que j’ai entendus d’elle : « Ne te fais pas de souci, maman, il n’y aura rien. » Un silence, et quelques secondes plus tard : « Quelle chance d’avoir des parents comme vous ! Le père de ma copine, Loulou, ne lui laisse pas du tout la liberté de se balader dans le centre. La pauvre. Vous, vous êtes chouettes. Autrement, je serais embêtée. » Smadar n’est plus, ni son amie Sivane . Loulou vient souvent chez nous et pleure sans arrêt.

Quelques heures après l’attentat, j’ai vu ma fille à la morgue. Un côté de son visage était complètement brûlé. De l’autre côté, j’ai vu sa bouche ouverte à l’extrême, figée comme dans un cri atroce, insupportable, effrayant. Je garderai cette image-là en mémoire tant que je vivrai. Smadar, le fleuron de notre famille, notre joie permanente, n’est plus parmi nous.

A plusieurs reprises, dans le passé, on m’a posé une question en forme de défi, à moi, la fille de Matti Peled, le combattant pour la paix, qui est passé outre frontières et tabous pour contribuer à une réconciliation historique entre les peuples palestinien et israélien (1) : « Qu’est-ce que vous diriez si votre fille ou votre fils était tué dans une opération terroriste palestinienne ? » J’avais l’habitude de rétorquer : « Je continuerais d’affirmer que la politique désastreuse qui réduit les Palestiniens au désespoir est la source de cette catastrophe. Un tel malheur, s’il devait tomber sur moi, me renforcerait dans ma conviction que seule la coexistence entre les deux peuples mettra fin au cycle de la violence et de la mort d’innocents. »

Et voilà : la plus monstrueuse parmi les monstruosités qu’on puisse imaginer a frappé notre foyer. Je répète donc aujourd’hui ce que j’ai dit, et avec encore plus de détermination, alors même que mes yeux ruissellent de larmes et que le visage mutilé de Smadar, notre petite et si belle princesse, est toujours là devant moi. Et j’ajoute : c’est la politique du premier ministre, « Bibi » Nétanyahou, qui a amené le malheur dans notre famille.

« Bibi » était, pour moi, un camarade d’école et un ami de jeunesse. Pendant des années, nous avons gardé des liens d’amitié, même après son départ pour les Etats-Unis avec ses parents. Lorsqu’il m’a téléphoné, au soir du jeudi fatidique, pour me présenter ses condoléances, je lui ai dit : « Bibi, qu’as-tu fait ? » Il a essayé de se défendre, mais en vain. Car je considère son gouvernement comme coupable, indirectement, de la mort de ma fille et de tous ceux qui ont perdu la vie dans des circonstances similaires. Sa politique est une provocation permanente contre le peuple palestinien. Elle a poussé les kamikazes à commettre ces actes terroristes odieux qui ont coûté la vie à des innocents, dont ma fille Smadar.

Raison de plus pour trouver révoltante la réaction, après chaque opération-suicide palestinienne, de ceux qui, chez nous, ont contribué par leur comportement à ces attentats. Ils disent : « Vous voyez, ils [les Palestiniens] ne sont qu’une bande d’assassins. On ne peut pas leur faire confiance. La paix avec eux n’est qu’un mirage. » « Les accords d’Oslo, ajoutent-ils, ne sont qu’un malheur dont il faut se débarrasser. » Voilà leur logique.

« Bibi » s’est attardé, lors de sa conversation avec moi, sur la « bestialité » de ces terroristes. S’il savait analyser les événements, au lieu de répéter sans cesse, comme un perroquet, le mot « terreur », il mesurerait le rôle majeur que joue sa politique dans ces drames où périssent des adolescents comme Smadar et Sivane - dont les parents, français, avaient immigré en Israël un an avant sa naissance... Mais il est tellement prisonnier de ses propres slogans qu’il ne parvient pas à comprendre sa responsabilité dans cet engrenage tragique. Pis : non seulement l’action du gouvernement a incité les extrémistes à commettre ces attentats visant des civils, mais il ne protège pas les citoyens contre eux. Quiconque joue avec le feu devrait d’abord assurer la sécurité de ses compatriotes. Je me sens complètement trahie par ce gouvernement.

DEPUIS trente ans, Israël a mené une politique désastreuse pour nous comme pour nos voisins. « Nous » avons occupé de vastes territoires, humilié et spolié des hommes et des femmes, détruit des maisons et des cultures. Et, par la force des choses, la riposte est arrivée. On ne peut pas tuer, affamer, « boucler » dans des enclaves et abaisser tout un peuple sans qu’un jour il explose. C’est la leçon de l’histoire. Mais « Bibi » n’a pas la moindre notion d’histoire.

Pour moi, en tout cas, il n’y a pas de différence entre le terroriste qui a tué ma fille et le soldat israélien qui, en plein bouclage des territoires, n’a pas laissé une Palestinienne enceinte franchir un barrage pour se rendre à l’hôpital, si bien qu’elle a finalement perdu son enfant. Je suis persuadée que si les Palestiniens nous avaient traités comme « nous » les traitons, « nous » aurions semé chez eux une terreur cent fois pire. N’oublions pas que chaque famille palestinienne, ou presque, a sacrifié l’un des siens - tué ou blessé - au cours du demi-siècle de conflit qui oppose nos deux peuples.

Comment devrait réagir un Palestinien dont la maison a été dynamitée par les forces d’occupation ? Des milliers de maisons ont été détruites arbitrairement depuis trente ans dans les territoires occupés, sans parler des villages effacés au lendemain de la guerre de 1967. Et que devrait faire un agriculteur dont les oliviers sont arrachés pour faire place à une colonie juive ? Certains de ces oliviers arrachés ont même été emportés à Jérusalem et replantés - quelle honte ! - sur le terrain qui porte le nom de Martin Luther King...

Qui sait ? Peut-être que le kamikaze qui a tué ma fille pensait à sa jeune soeur dont la maison est vide et qui a faim à cause du blocus ? « Mon » gouvernement est responsable du désespoir qui l’a poussé à cet acte terrible, injustifiable.

Une semaine avant le drame, ma mère m’avait demandé pourquoi nous, moi et mes amies, mères de soldats, nous gardions le silence devant la mort presque quotidienne de soldats israéliens qui tombent au Liban. « On tire sur vos fils comme sur des moineaux, et vous vous taisez. Comme si cela ne vous concernait pas. Descendez dans la rue, et faites trembler le monde pour arrêter cette tuerie ! », avait-t-elle dit. Quelques jours avant la mort de Smadar, j’ai décidé, avec des amies, d’adhérer au mouvement de protestation des mères de soldats contre cette folie nationaliste qui sacrifie nos enfants pour rien.

Deux de mes fils sont mobilisés, l’un a vingt ans et l’autre dix-huit - le troisième n’a que cinq ans. Comme chaque mère en Israël, je tremble depuis que l’armée les a enrôlés. J’ai toujours pensé avec effroi qu’ils pouvaient tomber - pour rien - au Liban sud ou dans les territoires occupés. Mais, même dans le pire de mes cauchemars, je n’avais pas imaginé que ce sort affreux, terrifiant et sordide serait réservé à Smadar, cette adolescente qui commençait à peine à fleurir et avait toute la vie devant elle.

Peu avant sa mort, je m’en souviens, elle s’est approchée de moi et, très humblement, m’a dit : « Maman, je suis déjà grande, mais je n’ai pas encore d’ami. Pourtant il y a un garçon qui me plaît. J’ai appris qu’il nageait à la piscine de l’université. Viens avec moi là-bas, s’il te plaît. » Nous y sommes allées, et Smadar a montré comme elle nageait bien. Puis - quel bonheur ! - elle a bavardé avec le premier choix de son coeur. Elle lui a dit sa décision d’adhérer au mouvement de jeunesse de La paix maintenant. Une semaine plus tard, ce jeune homme est venu chez nous avec des camarades de sa classe. Il a pleuré longuement.

Smadar n’aimait pas la polémique, mais elle ne pouvait pas ne pas réagir à une injustice. Ainsi s’opposait-elle à l’une des enseignantes de son lycée, qui tenait des propos racistes contre les Arabes. Elle parlait toujours avec calme et détermination, comme son grand-père. Elle voulait connaître vraiment ce peuple voisin, et, depuis deux ans déjà, elle apprenait l’arabe : elle était fière de ses excellentes notes - nous aussi.

A la maison, les discussions sur la situation politique et la détérioration du processus de paix étaient fréquentes. Smadar y prenait part aussi. Le dialogue est une clé pour l’entente et la réconciliation. Mais pas le dialogue comme « Bibi » l’entend : son dialogue avec les forces du mal n’est que provocation à des ripostes sanguinaires, lesquelles servent en retour les extrémistes au pouvoir chez nous. D’ailleurs, les désespérés que « Bibi » pousse à agir ne sont pas les émissaires de Yasser Arafat, mais ses adversaires.

A vrai dire, l’actuel gouvernement israélien n’a cessé de provoquer les Palestiniens : il a violé les accords d’Oslo, ouvert le tunnel de la Vieille Ville de Jérusalem - dont personne n’avait besoin, mais que « Bibi » appelait « le rocher de notre existence » : résultat, une centaine de morts -, lancé la construction de la colonie de Har Homa dans la partie orientale de Jérusalem, et maintenant démarré une petite implantation sauvage à Ras El Amoud, au milieu de la population arabe de Jérusalem-Est. C’est la raison pour laquelle tant d’innocents sont morts dans des attentats aveugles. De jeunes vies, brutalement arrêtées, finissent ainsi dans une tombe, couverte de fleurs, sur laquelle proches et amis viennent pleurer. La politique du gouvernement excite les terroristes. Ces derniers sont comme des microbes ou des moustiques. Pourquoi devrais-je me révolter contre eux ? Etre fâché contre un microbe ou un moustique n’a aucun sens. Il faut plutôt s’en prendre à celui qui aurait dû vous vacciner contre le microbe ou assécher le marais où vivent les moustiques. Telle est la vérité.

Ce sont nos actes qui engendrent le terrorisme. D’ailleurs, « Bibi » a la mentalité d’un terroriste. Toute sa pensée se concentre dans la confrontation. Pour lui, la paix est un mirage, voire un piège. Il n’a que le mot « terrorisme » à la bouche. A chaque conversation, dans chaque discours, lors de chaque conférence de presse, il l’utilise. Pour lui, le terrorisme est partout. Mais il ne comprend rien à la nature du phénomène. Aujourd’hui, il a la certitude d’être plus fort que son adversaire palestinien, en qui il voit un ennemi qu’il s’agit d’écraser. D’où cette politique « catastrophique », comme l’a fort bien qualifiée le ministre français des affaires étrangères, M. Hubert Védrine : car elle risque, hélas ! de conduire dans l’avenir à la destruction de notre pays...

Nous qui l’avons connu personnellement, nous savons que « Bibi » est un extrémiste parmi les extrémistes. C’est un homme du passé. Lorsqu’il entend les mots « paix » et « réconciliation » avec les Arabes, il sort son pistolet. Il accusait mon père, partisan de la paix avec les Palestiniens, d’être un agent de l’OLP. Il ajoutait parfois : du KGB... En fait, « Bibi » est incapable de comprendre comment un homme peut être guidé par des idéaux de paix, et donc de compromis.

JUSQU’À son décès, il y a deux ans, mon père éprouvait pour Smadar un amour sans limite. Peu avant sa disparition, très malade, il lui confiait devant la famille rassemblée : « Smadar, tu es notre joie, notre espoir. Quel bonheur de t’avoir parmi nous ! » S’il avait été vivant, à l’annonce de la mort de sa petite-fille, il aurait poussé un cri de révolte à bouleverser le monde. Ses mises en garde contre cette politique nationaliste qui nie les droits des autres peuples se sont révélées justes. Si on l’avait écouté, Smadar serait toujours parmi nous, les vivants, et non auprès de lui, au cimetière...

Sur l’un des murs de notre petit salon trône une affiche que mon mari, Rami, graphiste de profession, avait préparée pour les élections législatives de 1988. On y voit la photo d’un beau bébé de trois ans, aux yeux en amande - notre Smadar. Le texte dit : « Smadar mérite d’avoir plus que le Likoud ne peut donner. » Puis : « La domination des territoires arabes occupés est dangereuse pour la sécurité de nos enfants. » A l’époque, cette affiche a été publiée en bonne place dans les journaux. Presque dix ans plus tard, la photo de Smadar, déjà adolescente, réapparaît dans les journaux, cette fois ornée d’un cadre noir. Ma fille méritait une vie paisible, mais le Likoud est aux affaires...

Mon coeur saigne. Pour arrêter cet abominable cycle de provocations, de haine, de sang et de destructions, il faut mettre un terme à ce pouvoir dangereux et irresponsable qui joue avec notre vie, avec le sort de nos enfants, avec l’avenir de notre pays. Si l’on n’arrête pas cette folie, les flammes de la guerre consumeront tout.

(Propos recueillis par Amnon Kapeliouk.)


Écrit par : quaeps | 09/03/2006

mauvaises victimes...???... Tout avait commencé par une bêtise. Tout ce qui advint ensuite, les changements de personnes, les couteaux , les armes, les 27 morts, la rage, la terreur, les enterrements et les vengeances, tout dériva de cette stupidité. La bêtise est dangereuse parce que, quand on insiste, elle devient cruauté. Ceci est une histoire longue et rude et doit être racontée depuis le début, quand personne n’imaginait qu’on en serait arrivé si loin, pour finir ensuite en rien du tout voire en oubli.
La bêtise fut celle de John C. Trotter, titulaire de la concession Coca Cola au Guatemala. Qui voudrait comprendre ce qu’est une multinationale doit essayer de faire de la pub pour une compagnie comme Coca Cola dans un petit pays du Tiers monde. Le fameux logo de la boisson gazeuse a la couleur rouge flamboyant : si un journal publie un encart avec ce logo et que la couleur n’est pas exactement celle voulue par la prestigieuse compagnie nord-américaine, il n’est pas payé, parce que le signe d’origine doit être ce rouge et pas un autre, semblable. Mais ces choses là sont des broutilles en regard de ce que nous allons raconter.
Les travailleurs de Coca Cola au Guatemala n’avaient pas de syndicat et Trotter haïssait ce type d’organisations, parce que pour lui c’était un héritage du communisme, doctrine que le patron haïssait de toute son âme. Cependant c’est une de ses idées qui donna naissance au syndicat et dans cette affaire on peut constater combien une action captieuse peut se retourner contre le fourbe qui la propose.
Monsieur Trotter trouvait que désormais ses salariés avaient accumulé trop d’ancienneté et qu’en cas de licenciement, ils auraient eu droit à trop de sous, donc il décida de licencier en bloc tous ses salariés et le jour suivant les rembaucha. Avec ce coup, le renard de Trotter avait mis à zéro l’ancienneté de tout le monde. Mais il commit l’erreur de ne pas prendre en considération que la capacité à supporter des gens ne tient que jusqu’à un certain point. Le conflit en fait explose souvent pour des raisons banales. Les travailleurs avaient décidé en effet de former un syndicat et de proposer à la multinationale une négociation : « Une négociation ? Mais pour qui ils se prennent ces analphabètes ? » réagit Trotter, et il les envoya tous au diable. Le bras de fer entre patron et ouvriers dura deux ans ; à la fin, l’usine fut occupée et les concessionnaires décidèrent d’appeler la police qui intervint de façon décisive : quatorze ouvriers finirent à l’hôpital et douze en prison. Ce n’était qu’un début. Ces actes de résistance se terminaient toujours par un épisode violent. Ça avait l’air d’être des faits isolés, sporadiques mais, au contraire, ils étaient reliés entre eux en une chaîne qui allait être sans fin.
Les conducteurs, les manœuvres, les vendeurs ambulants ne lâchèrent pas et à ce moment là les dirigeants de Coca Cola décidèrent de passer à la manière forte et de s’adresser directement au chef de la police, le colonel German Chupina Barahona, réputé pour son cynisme et sa cruauté. Certains membres des forces de sécurité de l’état furent alors nommés chefs du personnel, chef magasinier et chef de contrôle de l’usine, transformant la boîte en grande caserne. Les travailleurs eurent peur, mais persistèrent dans leurs revendications. D’un autre côté, que pouvaient-ils faire, sinon confirmer qu’ils avaient raison ?
C’est ainsi qu’on arriva au premier attentat. Le 10 février 1977, deux membres du syndicat, Angel Villegas et Oscar Sarti furent atteints par une rafale de mitraillette pendant qu’ils allaient à l’usine. Ils sauvèrent leur peau mais restèrent blessés.
Quelques jours après seulement, le 2 mars, les conseillers juridiques du syndicat, Gloria de la Vega et Enrique Torres furent blessés dans un deuxième attentat. Après cet avertissement, ils décidèrent de se réfugier à l’étranger.
La schizophrénie de la situation était notable : alors qu’à l’intérieur de l’usine on menaçait, on tirait, on vivait dans la terreur, à l’extérieur Coca Cola affichait une image idyllique, en continuant à faire de la publicité et à vendre le produit comme si c’était autre chose et pas la cause déclenchante du conflit. Dans la publicité, de très beaux jeunes du monde entier chantaient des refrains faciles à retenir (« We are the world... »), ritournelles des slogans heureux de la boisson gazeuse : « La chispa de la vida » (« L’étincelle de la vie »). Et comment aurait-on pu boire un bon Cuba libre sans Coca Cola ?
En février 1978, on arriva à la signature d’un contrat collectif, mais cette victoire apparente en réalité se transforma en défaite.
Le troisième attentat, en effet, fut mortel : le 12 décembre 1978, Pedro Quevedo, premier secrétaire du syndicat, fut assassiné. Des inconnus armés le tuèrent pendant que, dans la cabine de son camion distributeur de boissons, il attendait un autre collègue pour décharger la marchandise. C’était un signal clair, mais un homme courageux accepta de succéder à Quevedo à cette charge.
Il s’appelait Israël Márquez et montra qu’il avait plus d’un tour dans son sac : il échappa sans une égratignure à une première embuscade et dut vivre en semi clandestinité, parce que des escadrons de la mort lui tendaient des embuscades pour s’en débarrasser. Il dormait chaque soir dans une maison différente et, dans un deuxième attentat, un autre camarade, du nom de Moscoso, mourut à sa place. Sa femme, Gladys Castillo, resta gravement blessée et, de ce moment là, comme des innocents commençaient à payer à sa place, Márquez décida de partir en exil. Manuel López Balam lui succéda.
Le sixième attentat (Márquez en avait subi deux) fut mis à exécution le 5 avril 1979. Comme Márquez et Quevedo, López Balam était le conducteur d’un camion. Il fut égorgé au volant et on lacéra son corps de 17 coups de couteau. Désormais il était clair qu’être secrétaire du syndicat de Coca Cola signifiait automatiquement être un homme mort. Mais il y a des moments où , quand quelqu’un est appelé à représenter les autres, même si ça peut lui coûter la vie, il choisit aussi ce risque parce que se défiler n’est pas dans sa nature. C’est ainsi que Marlon Mendizabál accepta d’être élu comme successeur de López Balam.
A ce point, on perd le compte des attentats : le 1er mai 1980, furent séquestrés Ricardo Garcia et Arnulfo Gómez. Le cadavre de Ricardo fut découvert peu après à 100 kilomètres de la capitale, horriblement mutilé, avec celui d’Arnulfo, retrouvé pas loin de son ami. Le même mois, un sort identique échut à René Reyes, un autre syndicaliste. La terreur planait désormais sur les travailleurs de l’usine.

45 balles dans le corps

L’attentat contre Marlon Mendizábal, le nouveau secrétaire du syndicat, ne fut qu’un parmi tant d’autres : le 27 mai 1980 Mendizabal sortait du travail pour prendre l’autobus quand une rafale de mitraillette le cribla de 45 balles dans le corps, sur le marchepied. Mercedes Gomez fut élu à sa succession. Lui aussi, bien sûr, avait ses jours comptés, mais il s’en sortit grâce à un banal changement de chapeau. Gomez, en fait, avait offert le sien à un ami, Edgar Aldana, qui fut capturé, torturé et tué à sa place. Un échange de sombreros l’avait épargné.
Ce jour terrible était un samedi. Quand ils apprirent l’enlèvement de Aldana, les dirigeants syndicaux au niveau national décidèrent de se réunir dans l’après-midi. Ce qui était en train d’arriver à Coca Cola était trop, même si, il faut le rappeler, le reste du pays ne s’en sortait pas beaucoup mieux. Ce 27 mai 1980, les 27 membres de la Confédération nationale du travail se réunirent pour discuter de cette situation : ils furent tous séquestrés, torturés et tués.

Dès lors, il n’y eut plus de syndicat ni à Coca Cola, ni dans aucune autre usine. C’est la solution la plus radicale qui l’avait emporté, la solution finale. La fin du syndicat de Coca Cola, sans compter les 27 leaders nationaux, avait coûté 8 dirigeants morts, deux disparus et six blessés, même s’il faut rappeler aussi que les guérilléros des Far avaient tué par vengeance le chef du personnel et un militaire à la retraite du nom de Francisco Javier Rodas.

Entre temps, au Guatemala, maintenant que la démocratie est, dit-on, revenue, ces délits restent impunis. Par contre on continue à boire la fameuse boisson, dont la formule est gardée dans le plus rigoureux secret. On dit que le Coca Cola est capable de dissoudre une pièce de monnaie si on la plonge une nuit dans un verre de cette boisson, ou même qu’elle contient quelque drogue mystérieuse. Bien sûr, ça fait de superbes spots publicitaires, avec le slogan séducteur : « L’étincelle de la vie ! ». Comme ironie macabre, ce n’est pas mal.

Dante Liano, guatémaltèque, enseignant de littérature hispano américaine à l’ Université Catholique de Milan.

Les "Rushdies" guatemaltèques ont eu moins de chance et de publicité que leur homologue, persécuté, lui, par les "mauvais" musulmans...toujours pas de deux poids, deux mesures, juste la routine...

Écrit par : quaeps | 09/03/2006

inculte.... Que faire aujourd'hui et demain?
La déclaration des droits de l'homme prolongée par celle des droits de l'enfant sont explicites. Nul n'a le droit d'attenter à l'intégrité physique des mineurs non informés et bien sûr non consentants. La circoncision rituelle, comme les autres mutilations sexuelles, devrait tomber sous les coups de la loi (Article 312 de la loi du 2 février 1981). S' il est maintenant facile d'attendrir les populations sur les horreurs de l'excision, la lutte contre la circoncision n'est pas un thème mobilisateur. Pourtant on ne parviendra à éradiquer les mutilations féminines que si l'on abolit en même tant la circoncision. Partout où l'on mutile les filles, on mutile les petits garçons. Il est impossible de préserver le clitoris des fillettes si l'on continue de laisser couper le prépuce de leurs frères. Les sermons moralisateurs des occidentaux resteront inefficaces tant qu'ils n'aborderont pas le problème de la circoncision.

L'idéal serait évidemment un jour l'extinction définitive des lugubres religions monothéistes, de leurs dogmes inacceptables et de leurs prescriptions ridicules. Je demeure pour l'instant d'un optimisme très modéré. On a pourtant vu s'éteindre le paganisme, le communisme et bien sûr cette cruelle pratique chinoise qui a fait bander les pieds des fillettes pendant plus de 1000 ans...

Écrit par : quaeps | 09/03/2006

quaeps 1. Et encore une fois circoncision et excision sur le même pied,...dégueulasse !
2. même si les faits que tu dénonces après 30 ans (quel courage) sont abominables, quel est le point commun entre un écrivain (dont je te rappelle qu'un traducteur a également été assassiné) et un syndicat ont en commun ? De plus, je trouve tout à fait normal que l'on hurle pour des faits comme ceux que tu dénonces, contrairement à toi qui écumes et baves en entendant "Rushdie" .
3. Benyamin Nétanyahou je vois pas ce qu'il a à voir avec mon article , mais bon . Enfin , difficile de ne pas être en phase avec ton post (mais je te rappelle que ça fait longtemps que ce trouduc n'est plus premier ministre) .

Écrit par : jean | 09/03/2006

jean désolé, tu es perdu...game over...

Écrit par : quaeps | 10/03/2006

quaeps c'est vrai t'es un vrai Champion du Monde !

Écrit par : jean | 10/03/2006

jean L’Occident n’est plus habitué à ce style de caractère, qu’il a connu à certains égards dans sa tradition : celui de l’homme juste qui se lève, seul, contre le pouvoir tyrannique. Qu’il le fasse avec sa plume ne peut qu’être plus séduisant dans un pays qui aime les intellectuels. On le compare à Zola, mais surtout à Hugo et Tolstoï. Ce qui plaît au public déplaît par contre des années plus tard à la critique (quand il n’y a plus à lutter contre le communisme), pour qui l’art n’est pas le lieu d’un combat et doit se suffire à lui-même. Ce que ne seraient pas les livres de Soljenitsyne. Et au cours de la période, la vente de ses livres retrouve des niveaux plus modestes que dans la première moitié des années soixante-dix, où ils étaient des " best sellers ". Il a surtout été très célèbre à ce moment, car il était au cœur des conflits : l’apparente régularité avec laquelle il apparaît à la télévision ne doit pas tromper. La médiatisation a surtout été importante dans les années soixante-dix.

Le prophète ne se contente pas de condamner le régime soviétique : dès 1975, on veut séparer le témoin, " admirable ", celui qui a sacrifié tout à sa lutte contre le régime, et celui qui " prophétise ", en utilisant cette fois-ci le mot dans un sens négatif, donne son avis sur la politique internationale et l’état moral et spirituel des démocraties. On comprend qu’il ait souffert dans les camps, mais cette souffrance ne lui donne pas le droit de juger le monde occidental auquel, prétend-on, il ne connaît rien. Soljenitsyne gêne les politiques comme les intellectuels, les journalistes ; chacun trouve en effet dans son discours de quoi être agacé. Cet agacement se fait de plus en plus sentir au fur et à mesure que le choc de la publication de l’Archipel du Goulag s’éloigne, et que Soljenitsyne devient un homme installé, en toute sécurité, en Suisse puis aux Etats-Unis ; son passé malgré tout reste prenant et en 1989, un homme comme Pierre Bergé illustre bien le discours en vogue : hommage obligé au résistant, au témoin, à l’écrivain, mais critique sévère de ses propos et ses idées " rétrogrades " et " slavophiles ". La télévision le montre vieillissant, et renforce cette impression d’un passage du statut de prophète à celui d’imprécateur, qui finit par lasser.

PS: as-tu déjà entendu parler de Orwell (eric blair, ça te dit quelquechose?), de Koestler, de Rosa Luxembourg, du rapport Kroutchev, de la "déstalinisation" qui a suivi, bref, sais-tu que Soljenitsyne n'a RIEN appris à personne, sauf à ceux qui refusaient de voir...que sa lecture(parce-que, moi, je l'ai lu...inculte...) est un témoignage insoutenable de TRES grande qualité (un peu comme Primo-Levy...), mais que pour les gens cultivés, la lecture du "Souvenir de la maison des morts"(que j'ai lu juste avant "l'archipel"...) de Dostoiveski (dans lequel il relate son passage au bagne, le goulag n'étant que sa version soviétique...) donnait déjà une version similaire de l'horreur des camps de travail sibérien...
pour le reste, je préfère te laisser patauger, ça me fait rire, et t'expliquer serait trop long et inutile...

Écrit par : quaeps | 10/03/2006

quaeps c'est bien ce que je te dis , il ne te manque que la bave et l'écume .

Écrit par : jean | 10/03/2006

tiens, ça me rappelle quelqu'un.... Que dit ce moment des « nouveaux philosophes » ? Gilles Deleuze donne en son temps une analyse de cette machine de guerre, pas d’idées, mais une orchestration médiatique de copains et de coquins du milieu parisien des « gendelettres » pour des débats télévisés. L’œuvre de ces philosophes ? Leur cirque sur petit écran. Gilles Deleuze a eu tort de croire cette coquille vide. D’ailleurs, a-t-il pris le temps de lire ces livres ? Il avait autre chose à faire, et on ne lui en voudra pas. Mais les trois ou quatre ouvrages qui défrayèrent la chronique à l’époque déclaraient la guerre à la gauche de gauche sous prétexte qu’elle procédait de Marx, donc de Lénine, donc du goulag. Pour éviter le stalinisme en France, on célébrera donc de nouvelles idoles : avènement de Tocqueville, restauration de Raymond Aron, suivis plus tard par Marcel Gauchet et consorts.

L’Archipel du Goulag (2), tant célébré par les « nouveaux philosophes », prouvait donc que la gauche française était dangereuse ! Jean-Marie Benoist, maître assistant de Claude Lévi-Strauss, écrit Les Nouveaux Primaires (3) en 1978. La quatrième de couverture précise : « Compagnon de route des nouveaux philosophes ». Visité par le souffle qui anime Chateaubriand ferraillant contre Napoléon, le philosophe se présente à un fauteuil de conseiller général dans le Val-de-Marne contre Georges Marchais. Et perd.

Pourtant, les « nouveaux philosophes » ont gagné : leur haine d’une gauche véritable, leur assimilation de celle-ci au goulag, au terrorisme, au stalinisme, donc in fine au nazisme, relayées par deux mandats minables pour la gauche d’un François Mitterrand converti quelques mois après son arrivée au pouvoir au libéralisme, ont accéléré le mouvement de décomposition. Dès lors, au Parti socialiste, la lecture de De la démocratie en Amérique (4) remplace celle de Jaurès. M. Laurent Fabius s’installe dans le fauteuil de Léon Blum, qu’il ne trouve pas trop grand pour lui.

Haine de la gauche véritable
Trente années plus tard, le bilan est connu : désespérance politique, abstentionnisme record, affairisme des partis qui se remplacent au pouvoir, violences urbaines, délinquance accrue, chômage exponentiel, précarité exacerbée, délocalisations assorties désormais de menaces patronales, recul du social, racisme, xénophobie, antisémitisme, misères sociale, sexuelle, mentale, intellectuelle, affective, triomphe de la médiocrité marchande sur les chaînes de télévision et chez bon nombre d’éditeurs, démembrement des politiques de santé, d’éducation, de culture, etc. Et présence de M. Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002.

Écrit par : quaeps | 27/03/2006

quaeps ça y est t'as l'écume, manque plus que la bave !

Écrit par : jean | 27/03/2006

que font les médias... Soljenitsyne accuse l’OTAN d’encercler la Russie Moscow News Étranger L’ancien dissident soviétique Alexandre Soljenitsyne a accusé les USA et l’OTAN de chercher à encercler la Russie et a fait l’éloge du président Vladimir Poutine pour son œuvre de restauration d’un Etat fort, rapporte l’Associated Press.

L’écrivain reclus de 87 ans a dit dans une interview à la presse que le but ultime de l’OTAN était de priver la Russie de sa souveraineté.

« Bien qu’il soit clair que la Russie d’aujourd’hui ne représente aucune menace pour elle, l’OTAN construit méthodiquement et obstinément sa machine militaire - dans l’Est de l’Europe et en entourant la Russie à partir du Sud », a dit Soljenitsyne.

« Cela implique un appui matériel et idéologique manifeste aux ‘révolutions colorées’ et l’imposition paradoxale des intérêts nord atlantiques à l’Asie Centrale », a-t-il dit, ajoutant qu’il y a « peu de différence essentielle » entre les actions des USA et celles de l’OTAN.

En parlant des intérêts de l’OTAN en Asie Centrale, Soljenitsyne faisait allusion aux 1.000 soldats principalement US stationnés sur une base aérienne installée en décembre 2001 sur le principal aéroport civil du Kirghizstan, près de la capitale Bichkek. La force comprend aussi de petits contingents français et espagnols.

L’année dernière, les USA ont perdu leur autre base en Asie Centrale ex-soviétique quand l’Ouzbékistan a expulsé les troupes US à la suite des critiques occidentales contre la répression d’une manifestation.

Écrit par : quaeps | 10/05/2006

;hj; 'ex-colonel du KGB devenu patron du Kremlin a remis un prestigieux prix d'État, hier, à l'ancien dissident soviétique, un « écrivain majeur » qui a « dédié sa vie à sa patrie ».

C'EST UNE ironie de l'histoire. Alexandre Soljenitsyne, le pourfendeur du totalitarisme soviétique, décoré de l'une des plus hautes distinctions officielles russes par Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, accusé de faire reculer la démocratie dans son pays. L'auteur de L'Archipel du goulag, expulsé d'URSS en 1974, récompensé par l'ancien colonel du KGB qui a qualifié la disparition de l'Union soviétique de « plus grande catastrophe géo-politique du siècle ».

Et pourtant, à l'occasion de la fête nationale célébrée hier, Vladimir Poutine a bel et bien signé, la semaine dernière, un oukase décernant le prix d'État à Alexandre Soljenitsyne, « historien majeur », le premier à avoir rapporté « l'une des tragédies de la période soviétique », selon le communiqué du Kremlin. Âgé de 88 ans, affaibli, le lauréat du Nobel de littérature (1970) ne s'est pas déplacé pour recevoir son titre prestigieux. « Alexandre Issaïevitch voit ce prix comme une marque d'attention pour l'oeuvre de toute sa vie », a commenté son épouse Natalia à l'agence Interfax. « Ce prix donne un certain espoir, poursuit-elle, [...] que notre pays tire la leçon de son autodestruction au XXe siècle et qu'il ne la répète jamais. »

Résurgence du nationalisme

Le paradoxe n'est qu'apparent. Car depuis son retour d'exil, en 1994, l'écrivain à la barbe de prophète, qui vit reclus dans la région de Moscou, s'est montré de plus en plus sévère pour l'Occident. Il y a un an, dans l'une des rares interviews accordées à la presse, il avait fustigé « l'encerclement total de la Russie » par l'Otan et les États-Unis qui « placent leurs troupes d'occupation dans les pays, l'un après l'autre ». Pour lui, avait-il confié à Moskovskyie Novosti, le rapprochement de la Russie avec l'Otan pourrait conduire « à la chute de la civilisation chrétienne ».

Un discours qui coïncide parfaitement avec celui du Kremlin, même si l'ancien dissident a parfois pris ses distances avec Poutine, sur la Tchétchénie par exemple. Dans son discours à la nation du 26 avril dernier, Vladimir Poutine avait averti que « copier aveuglément les modèles (culturels) étrangers conduira inévitablement à la perte de notre identité nationale ».

Intérêt tactique

Pour le Kremlin, dénoncer « l'impérialisme américain » et les projets de révolution orange fomentés à l'étranger présente un intérêt tactique, à neuf mois de la présidentielle. Rien de tel pour rassembler le peuple autour du clan au pouvoir. Cette résurgence du nationalisme répond cependant à l'aspiration profonde des Russes, humiliés par la chute de l'empire et déboussolés par la fulgurante transformation de la société, à se raccrocher à des valeurs. Mais lesquelles ? Comme pour faire écho à l'appel de Soljenitsyne de revenir aux principes moraux traditionnels, Vladimir Poutine s'affiche régulièrement avec le patriarche orthodoxe de toutes les Russies, Alexis II. Lequel avait reçu en 2006, le prix d'État.

Comme la majorité de ses concitoyens, Soljenitsyne tient Mikhaïl Gorbatchev pour l'un des grands responsables de la capitulation morale de la Russie. « Je respecte Soljenitsyne qui me reproche d'avoir affaibli la Russie, déclarait Gorbatchev le 30 mai dernier, en présence du Figaro. Mais sans la Glasnost (« transparence », terme donné à la politique d'ouverture amorcée en 1985), il serait encore dans le Vermont à couper du bois et signer des autographes. »


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Écrit par : ;jh | 21/06/2007

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